CHRONIQUE DU VENDREDI La politique, encore la politique, toujours la politique


Khalifa Sall par ci, Karim Wade par là et entre les deux, Macky Sall et son parrainage. C’est à croire que dans ce pays, seule la chose politique importe. Le reste passe pour du menu fretin. Certes, toute action est politique. Celle-ci est au début et à la fin de tout, mais elle ne doit guère obstruer notre horizon jusqu’à nous faire porter des œillères et ne voir que la chose politique. Mais non, on en a que pour la politique à longueur de journée, sur les ondes des radios, dans les colonnes des journaux, dans les bureaux, dans les chaumières…, Partout, on ne parle que d’emprisonnement, de liquidation politique, de parrainage, de résidentielle… La pluie qui tarde à venir, c’est le gouvernement qui ne fait pas son boulot. Un accident de la circulation, la sanction tombe : «Macky ne travaille pas». Pendant ce temps, où se trouve notre responsabilité à nous ?
Et pourtant, il y a des sujets qui mériteraient d’être mis sur la place publique afin que l’on comprenne l’utilisation réelle de nos deniers publics. Tenez combien de millions voire de milliards sont engloutis par les inondations. Pourtant, comme me l’affirmait ironiquement une de ces victimes : «il suffit juste qu’un bébé fasse pipi pour que nous soyons sous les eaux». Trois heures de pluies sans interruption et les banlieusards sont en congé forcé. Impossible de circuler. Dans la région de Kaffrine, c’est la désolation. Même les malades ne peuvent être évacués. Partout on vit sans le vouloir, « les pieds dans l’eau ». Pendant ce temps, tout se politise. Seule la présidentielle et sa préparation mérite l’attention de la classe politique.
Nos hôpitaux se transforment en mouroir et deviennent même plus malades que les patients qu’ils accueillent. Il ne se passe pas un mois sans que l’on entende le syndicat Yenguel Guesseum, qui se manifeste. Tantôt c’est l’appareil de radiographie qui rend l’âme, tantôt c’est celui de mammographie comme c’est le cas actuellement à Le Dantec. On ne parle même pas du calvaire des insuffisants rénaux qui meurent comme des mouches, parce que tout simplement le coût de la dialyse n’est pas à la portée du premier venu. Pendant ce temps, nos vaillants politiciens, grands récupérateurs devant l’éternel, préfèrent les dispensaires occidentaux à nos hôpitaux.
L’université se meurt. A Gaston Berger, c’est une année blanche pour les uns et une année invalidée pour les autres. A Cheikh Anta Diop, l’échec est plus la règle que la réussite. Les amphithéâtres ressemblent à des pots de sardines tellement les étudiants s’y amoncellent que la qualité passe par la fenêtre lorsqueles étudiants entrent par les portes. Le privé supérieur est en train d’agoniser du fait de la pression de la dette de l’Etat. Les jeunes désœuvrés, laissés à leur triste sort, se noient dans les profondeurs de l’océan atlantique s’ils ne sont engloutis par le sable du désert ou, faits esclaves en Libye. Pendant ce temps, l’homme politique sénégalais est obnubilé par le parrainage en direction de la
présidentielle de 2019.
L’Etat semble oublier que le capital humain est le pilier central de son Plan pour l’émergence du Sénégal. La classe politique dans son ensemble devrait se souvenir que pour qu’il y ait une cité à gérer, il faut des hommes et que tout ne se limite pas à la politique politicienne.
Par Abass Mohamed KANE

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